la parole aux habitants des quartiers
Etats généraux du Projet
Fédération des Vosges du Parti Socialiste
Forum citoyen : la parole aux habitants des quartiers
Plateau de la Justice Epinal
Vendredi 21 avril 2006
A un an des Présidentielles, il nous paraît important de réfléchir sur les leçons du 21 avril 2002. Aussi n’est-ce pas par hasard si nous venons au cœur du Plateau de la Justice pour donner la parole aux habitants des quartiers populaires.
Pour qu’un nouveau 21 avril ne se reproduise pas, il nous faut inventer de nouveaux rapports avec les citoyens de ces quartiers et notamment avec les jeunes, afin qu’ils se sentent concernés par la politique. La gauche et la droite, ce n’est pas pareil : après 4 ans de politique libérale, les habitants des quartiers sont oubliés et laissés à la précarité, les jeunes sont au désespoir. La réponse de la droite à la crise sociale des quartiers, c’est encore plus de précarité et encore plus de discriminations. Même si la mobilisation des jeunes est venue à bout du CPE, il reste encore dans la loi dite de l’égalité des chances : l’apprentissage à 14 ans, le travail de nuit à 15 ans, la fin de la scolarité obligatoire à 16 ans, les sanctions judiciaires et financières pour les familles les plus démunies, lorsqu’elles manifestent une incapacité à s’occuper pleinement de leurs enfants, plutôt que de donner les moyens de mettre en oeuvre les mesures d’assistance éducative en milieu ouvert.
Le projet de loi sur l’immigration choisie vient encore renforcer le désespoir des gens ; après le jeune jetable, c’est l’immigré jetable !
Nous devons reconnaître que la politique de la ville mise en place par la gauche, même si elle avait permis des réussites, n’avait pas empêché la montée des inégalités, elle avait néanmoins réussi à contenir l’explosion sociale. Depuis son démantèlement par la droite, c’est la misère, le mépris, le retour à des zones de non droit, le refoulement vers des frontières intérieures.
Que pouvons-nous proposer, à travers une politique de solidarité urbaine, pour rétablir l’égalité entre les territoires et les habitants, mobiliser les moyens nécessaires pour lutter contre les discriminations qui minent la société et promouvoir une vraie politique de solidarité et d’égalité républicaine ?
La jeunesse est une richesse et non un problème :
Les jeunes sont lucides : ils veulent être reconnus pour ce qu’ils sont et non être catalogués à cause des conduites inciviles et déviantes de certains d’entre eux, trop souvent assimilées à une origine ethnique ou une culture.
La plupart des jeunes sortis du système scolaire sans qualification en sont réduits à galérer d’une agence intérim à l’autre, sans qu’aucune mesure de formation vers un emploi stable ne leur soit offerte. Rien de concret ne ressort du projet qui remplace le CPE : Azouz Begag, qui se présente comme le « VRP de l’égalité des chances », venu comme il le dit lui-même « vendre de la diversité » à Epinal, invite les jeunes à aller chercher un emploi sur le site internet « diversité.emploi.com ». Est-ce bien sérieux et convaincant de renvoyer ainsi les jeunes à leur propre responsabilité s’ils ne trouvent pas d’emploi ? Résoudra-t-on le problème de l’emploi des jeunes et des discriminations à travers des chartes locales de diversité ou d’insertion, qui ne toucheront en réalité qu’un public restreint et trié sur le volet ?
Ce qu’il faut, c’est donner une 2ème chance aux jeunes qui ont connu l’échec scolaire, grâce à un programme de sécurité formation, en alternance débouchant sur un emploi durable. Il faut permettre à tous les jeunes d’entrer dans la vie active avec une sécurisation des parcours professionnels et leur donner, grâce à une couverture professionnelle universelle, toutes les chances de formation et de validation des acquis en cas de rupture de contrat.
Qu’ils soient sans qualification ou diplômés, les jeunes des quartiers sont victimes de discriminations à l’embauche, comme à l’entrée des boîtes de nuit.
La proposition est faite de créer une police des discriminations pour faire respecter les mêmes droits pour tous.
Lorsque l’on est victime de discriminations, il ne faut pas hésiter à saisir la HALDE, c’est-à-dire la Haute Autorité de la Lutte contre les Discriminations pour l’Egalité des chances, comme incite à le faire le Responsable de la ligue des Droits de l’Homme présent à la tribune.
Les jeunes issus de l’immigration n’aiment pas qu’on leur parle d’intégration : la plupart sont nés en France, ils sont Français, ils sont allés à l’école et veulent être traités à égalité dans leurs cursus scolaires, dans leur formation initiale et leurs parcours professionnels.
Dès lors que l’on respecte les lois de la République, que l’on a conscience de ses droits et de ses devoirs, on est intégré dans la société.
La jeunesse veut vivre, s’éduquer et travailler normalement. Elle veut s’épanouir grâce à une nouvelle politique de solidarité urbaine, ce qui mérite des moyens exceptionnels. La jeunesse des quartiers est une richesse et non un problème.
Une citoyenneté à part entière et un accès facilité à la nationalité française
Les jeunes veulent être considérés comme des citoyens à part entière et non comme des citoyens de seconde zone. Ils veulent, plus que jamais, aller voter pour la présidentielle de 2007, pour rattraper le mauvais coup du 2ème tour en 2002.
Ceux qui sont nés en France, et donc de nationalité française, seraient plus motivés pour aller voter à toutes les élections si leurs parents étrangers avaient le droit de vote aux élections locales. Accorder le droit de vote aux immigrés serait une formidable avancée vers plus de citoyenneté et une meilleure chance d’intégration républicaine. Ce serait aussi une ouverture vers la reconnaissance des droits civiques d’accès à l’éligibilité de toutes les composantes de notre société.
Ils souhaitent que les conditions d’accès à la nationalité française soient facilitées et les délais plus courts. Ils ont du mal d’accepter que cela prenne 2 à 3 ans, voire 4 ans pour des personnes qui résident en France depuis 20 ans et plus et que certaines personnes triées sur le volet soient naturalisées quelques semaines après leur arrivée sur le territoire. Ils se posent aussi des questions sur les mesures discriminatoires liées aux enquêtes et examens auxquels doivent se soumettre les postulants à la nationalité française et auxquelles devront bientôt se soumettre les candidats à l’immigration au titre du regroupement familial.
Le projet de loi sur l’immigration choisie rime avec précarité et insécurité :
Cette nouvelle loi provoque beaucoup d’inquiétudes.
Elle est injuste et inadaptée : elle durcit les conditions d’entrée et de séjour, pour empêcher les familles de se réunir et faire peser plus de soupçons sur la réalité des mariages entre Français et conjoints étrangers, elle empêche les étudiants étrangers de venir dans nos universités.
Au risque d’accroître le nombre des clandestins et au détriment du respect du droit à la vie familiale et du droit d’asile, garantis par la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme, le projet de loi Sarkozy parle de régularisation zéro en supprimant une disposition qui permet à tout étranger installé depuis dix ans en France de voir son statut régularisé ( 3000 personnes chaque année ! )
Quant à l’immigration choisie qu’il convient d’opposer à l’immigration subie, elle supprime en réalité le droit à une vie familiale normale, mettant ainsi en cause des droits fondamentaux. Les immigrés sont systématiquement considérés comme des exclus qui doivent faire leurs preuves. Cette immigration choisie d’une part appauvrira encore les pays d’origine en pillant leurs cerveaux et leur intelligence dont ils ont tant besoin pour se développer, et d’autre part rendra les travailleurs sans qualification taillables et corvéables à merci. Avec les restrictions sur l’obtention des titres de séjour, tant au titre du regroupement familial que du droit d’asile, le nombre des sans-papiers ne fera qu’augmenter.
Peu lui importe de créer désordre et précarité, Monsieur Sarkozy est surtout préoccupé par un souci électoraliste, il lui faut rallier les voix de l’extrême droite pour 2007.
Alors que pouvons nous proposer, si la mobilisation des socialistes et de la gauche ne parvient pas à faire reculer M.Sarkozy ? Il nous faudra retenir en 2007 une autre politique de l’immigration, selon une approche de co-développement avec les pays concernés : une immigration partagée, une immigration solidaire. Solidaire avec les pays d’origine, avec nos partenaires européens et avec l’ensemble de nos concitoyens sur l’ensemble du territoire. La France sera plus solide si elle choisit d’être plus solidaire.
Le rôle des Associations dans les quartiers populaires
La loi dite de l’égalité des chances consacre encore plus l’éclatement du Fonds d’Action et de Soutien pour l’Intégration et la Lutte contre les Discriminations (FASILD), après le démantèlement de fait du Service Social d’Aide aux Etrangers (SSAE), les deux seuls services publics qui étaient complètement consacrés à l’accueil, l’aide et l’intégration des immigrés et de leurs enfants.
La vie associative représente un terrain de lutte et d’émancipation à travers les actions d’alphabétisation, d’expression culturelle, d’apprentissage de la démocratie et de la citoyenneté, à condition qu’elle ne soit pas confisquée par les édiles locaux pour en faire un fonds de clientélisme électoral.
Elle doit au contraire donner à la jeunesse les moyens de son émancipation en valorisant les cultures populaires et urbaines, en s’ouvrant sur d’autres formes de culture, favorisant ainsi l’accomplissement personnel par la réalisation de projets collectifs divers.
Si la culture est un enjeu de politique majeure dans les quartiers populaires et si on doit donner aux associations d’éducation populaire les moyens de développer des initiatives, l’école reste le lieu privilégié de l’émancipation de la jeunesse. Aussi doit-elle être dotée des moyens nécessaires, matériels et pédagogiques pour réussir sa mission dans le cadre d’une continuité éducative avec les familles et les autres acteurs de la communauté éducative.
Retrouver confiance dans l’école de la République, être un citoyen à part entière, avoir un emploi et un logement décent, cela passe aussi par un changement de politique. Les habitants et les jeunes des quartiers l’ont bien compris, ils iront voter et leur choix politique sera déterminant pour l’avenir.
Marie-France Glaudel
Secrétaire fédérale chargée du Projet

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