Wednesday, March 23, 2005

l'Europe sociale passe par le non à la Constitution

Réponse aux partisans du Oui

" Il faut autre chose que la charité pour que chacun ait du pain "
et un logement !

On peut invoquer l’Abbé Pierre, et vouloir un logement pour tous. Cela part d’une bonne intention et d’une grande générosité. Mais n’est-ce pas incompatible avec le choix de l’Europe des grands financiers et des actionnaires qui méprisent les peuples et les citoyens ?

Peut-on laisser croire un seul instant à un grand programme européen pour le logement quand on sait que la Constitution interdit l’emprunt pour les grands travaux ?

La BCE ( banque centrale européenne ) est indépendante des politiques et de la pression sociale, elle a une seule priorité, la stabilité des prix. Son objectif est de consolider la rentabilité et d’attirer les capitaux, aussi ne se préoccupe-t-elle pas des besoins sociaux de développement comme l’ école, la santé ou le logement. Or elle n’est pas réformable dans le cadre de cette Constitution où prévaut la concurrence libre et non faussée.

De plus, les subventions aux services publics sont gravement menacées par une mesure récemment adoptée au Parlement Européen. Toute la droite a en effet voté des dispositions encore plus libérales que celles proposées par la Commission, c’est-à-dire l’exigence d’une autorisation préalable des aides publiques. Rejoignant ainsi la logique de la circulaire Bolkestein, la procédure du tout concurrence s’impose désormais partout, y compris pour les hôpitaux et le logement social.

Pouvons-nous cautionner le fait que cette politique européenne soit constitutionnalisée et qu’elle soit un carcan pour les politiques nationales ? Que pourrions-nous faire en 2007, nous les Socialistes, au sein de cette Europe ultra-libérale ?

Et bien oui, il faut le reconnaître nous ne pourrions pas faire beaucoup mieux que la droite. Comment pourrions- nous, avec cette concurrence libre et non faussée à laquelle nous serions soumis, faire face à toujours plus de délocalisations, de pertes d’emploi, aux déficits publics et redonner à nos concitoyens ce qu’ils sont en droit d’attendre en matière de pouvoir d’achat, d’égalité des chances, de progrès social ? Pourrions-nous revenir sur les retraites, la sécu, rétablir la loi de modernisation sociale, promouvoir la société éducative que nous voulons dans une Europe où la libéralisation des services publics serait galopante. L’école maternelle et la scolarisation au-delà de 16 ans seraient réservées à ceux qui peuvent payer.

Est-ce là la démocratie sociale dont nous rêvons ?

Avons- nous oublié le message des couches populaires et des classes moyennes qui se tournaient à nouveau vers nous au printemps 2004 ? Par rejet de la politique désastreuse de la droite, certes, mais aussi parce que nous avions commencé à redonner espoir, ce qui aurait dû nous encourager à poursuivre dans la voie de la reconquête et ne pas nous couper à nouveau de ceux pour qui nous nous battons. La stratégie du oui est désastreuse, c’est l’échec assuré de la gauche en 2007, avec tout ce que cela implique à nouveau de reconstruction.

Les incantations à la paix, à la guerre, au chaos, à la mort de l’Europe, ne nous impressionnent pas, nous avons mille fois plus peur de la guerre sociale au sein de l’Europe élargie tant le chômage est élevé, l’exclusion marquée, les délocalisations démultipliées. En effet cette Constitution ne nous permettra pas de lutter contre la concurrence sociale et fiscale, elle n’aidera pas à bien vivre ensemble et elle déstabilisera les sociétés européennes. Parce que nous sommes des citoyens fondateurs, nous avons le droit et le devoir de nous opposer.

Notre devoir est de tout mettre en œuvre pour que le NON l’emporte, pour que le traité constitutionnel n’entre pas en application et qu’un nouveau texte soit renégocié, en accord avec la voix des urnes.

Nous allons porter le message du NON dans les quartiers, dans les usines, dans les bureaux, dans les écoles, sur les marchés, dans les réunions publiques, parce que ce NON c’est celui de nos valeurs, de nos convictions intimes et profondes.

Rien, ni personne, ne nous empêchera de nous exprimer et de dire que cette Europe n’est pas démocratique, que les services publics y sont progressivement asphyxiés et organisés au profit du privé et du tout concurrence, que cette Europe n’est pas laïque et qu’elle ouvre la porte au communautarisme et au fanatisme religieux international, que nous ne voulons pas du triomphe du modèle anglo-saxon et atlantiste.

Parce que nous aimons trop l’Europe, c’est NON.

Notre utopie n’est-elle pas de faire de l’Europe la première démocratie économique et sociale du monde, une aire de haute culture et de civilisation, un levier pour une autre mondialisation ?

« Les utopistes d’aujourd’hui sont les réalistes de demain. Quant aux réalistes d’aujourd’hui, ils sont déjà morts. »